Fab sxm
by on 26 September, 00:18 am
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L'illumination est la sortie de l'homme de l'immaturité qu'il s'est lui-même infligée.

L'immaturité est l'incapacité d'utiliser son intellect sans l'aide d'un autre. Cette immaturité est auto-infligée si sa cause ne réside pas dans le manque de compréhension, mais dans la résolution et le courage de l'utiliser sans l'aide d'un autre. Sapere aude ! Aie le courage d'utiliser ta propre intelligence ! est donc la devise des Lumières.

 

La paresse et la lâcheté sont les causes pour lesquelles une si grande partie des hommes, après que la nature les a depuis longtemps déclarés libres de toute direction étrangère (naturaliter maiorennes), aiment néanmoins rester immatures toute leur vie ; et pourquoi il devient si facile pour les autres de se proclamer leurs gardiens. Il est si confortable d'être immature. Si j'ai un livre qui a de la compréhension pour moi, un pasteur qui a de la conscience pour moi, un médecin qui juge le régime pour moi, etc..., alors je n'ai pas besoin de me déranger. Je n'ai pas besoin de penser, si seulement je peux payer ; d'autres prendront déjà en charge les affaires ennuyeuses pour moi.

Le fait que la grande majorité des gens (dont l'ensemble du beau sexe) considèrent que le pas vers la maturité, outre le fait qu'il est ardu, est aussi très dangereux, est déjà pris en charge par les tuteurs qui ont gracieusement pris sur eux de les surveiller. Après avoir d'abord rendu stupides leurs animaux domestiques et empêché soigneusement ces tranquilles créatures d'oser faire un pas hors du wagon dans lequel ils les ont enfermées, ils leur montrent ensuite le danger qui les menace s'ils essaient de marcher seuls. Ce danger n'est pas si grand, car ils finissent par apprendre à marcher en tombant quelques fois ; mais un exemple de ce genre rend timide et décourage généralement toute nouvelle tentative.

 

Il est donc difficile pour chaque individu de sortir de cette immaturité qui lui est devenue presque naturelle. Il en est même devenu friand, et avant cela, il est vraiment incapable de faire usage de son propre intellect, parce qu'on ne lui a jamais permis d'en faire l'essai. Les statuts et les formules, ces outils mécaniques d'un usage raisonnable ou plutôt d'un abus de ses dons naturels, sont les menottes d'une immaturité perpétuelle. Celui qui s'en débarrasserait, ferait encore un saut précaire par-dessus le fossé le plus étroit, parce qu'il n'est pas habitué à un mouvement aussi libre. C'est pourquoi il n'y a qu'un petit nombre de personnes qui ont réussi à sortir de leur immaturité en travaillant sur leur propre esprit et qui parviennent encore à marcher en toute sécurité.

 

Mais il est plus probable qu'un public s'éclaire lui-même ; en effet, si on lui laisse la liberté, c'est presque inévitable. Car il se trouvera toujours, même parmi les gardiens attitrés de la grande foule, quelques penseurs qui, s'étant débarrassés eux-mêmes du joug de l'immaturité, répandront autour d'eux l'esprit d'une estimation raisonnable de leur propre valeur et de la profession de tout homme de penser par lui-même. Ce qu'il y a de particulier à cela, c'est que le public, qui a été préalablement amené par eux sous ce joug, les oblige à y rester eux-mêmes ensuite, s'ils y ont été incités par quelques-uns de leurs gardiens, qui sont eux-mêmes incapables de toute lumière ; tant il est nuisible de planter des préjugés, parce qu'ils se vengent enfin sur ceux mêmes qui ou dont les prédécesseurs en ont été les auteurs. Un public ne peut donc s'éclairer que lentement. Une révolution peut peut-être amener une apostasie du despotisme personnel et de l'oppression acquisitive ou dominatrice, mais elle n'amènera jamais une véritable réforme de la manière de penser ; au contraire, de nouveaux préjugés, tout autant que les anciens, serviront de bandeau directeur à la grande multitude irréfléchie.

 

Pour cet éclaircissement, cependant, il ne faut rien d'autre que la liberté ; et même la plus inoffensive de toutes celles qui ne peuvent s'appeler que liberté, à savoir : faire publiquement usage de sa raison en toutes choses.

Mais maintenant j'entends crier de tous côtés : ne raisonnez pas ! L'officier dit : ne raisonnez pas, mais exercez-vous ! Le conseiller financier : ne raisonne pas, mais paie ! L'ecclésiastique : ne raisonne pas, mais crois ! (Un seul monsieur au monde dit : raisonnez tant que vous voulez, et sur ce que vous voulez ; mais obéissez !). Voilà partout une restriction de la liberté. Mais quelle restriction est un obstacle à la lumière ? laquelle ne l'est pas, mais la favorise même ?

 

- Je réponds : l'usage public de la raison doit être libre en tout temps, et cela seul peut amener la lumière parmi les hommes ; l'usage privé, au contraire, peut souvent être très étroitement restreint, sans pour cela entraver particulièrement le progrès des lumières. Mais par usage public de sa propre raison, j'entends celui qu'un savant en fait devant l'ensemble des lecteurs. L'usage privé, je l'appelle celui qu'il peut faire de sa raison dans une certaine position ou charge civile qui lui est confiée.

Or, pour certaines opérations qui se déroulent dans l'intérêt du bien commun, il faut un certain mécanisme au moyen duquel certains membres du bien commun doivent simplement se comporter passivement, afin d'être dirigés par une unanimité artificielle du gouvernement vers les fins publiques, ou du moins d'être empêchés de détruire ces fins. Ici, bien sûr, il n'est pas permis de raisonner ; il faut obéir. Mais dans la mesure où cette partie de la machine se considère en même temps comme membre de tout un être commun, même de la société civile du monde, donc en qualité de savant qui s'adresse à un auditoire au sens propre par des écrits : elle peut cependant raisonner sans souffrir de l'entreprise à laquelle elle est en partie affectée comme membre passif. Ainsi il serait très pernicieux qu'un officier, à qui ses supérieurs ordonnent de faire quelque chose, voulût raisonner à haute voix dans le service sur l'opportunité ou l'utilité de cet ordre ; il doit obéir.

 

Mais on ne peut raisonnablement l'empêcher de faire, en tant que savant, des remarques sur les erreurs du service de guerre et de les soumettre au jugement de son public. Le citoyen ne peut pas refuser de payer les droits qui lui sont imposés ; même une réprimande présomptueuse de ces droits, s'ils doivent être payés par lui, peut être punie comme un scandale (qui pourrait provoquer une rébellion générale). En revanche, le même n'agit pas contrairement au devoir d'un citoyen s'il exprime publiquement sa pensée de savant contre l'inconvenance ou même l'injustice de ces soumissions. De même, un ecclésiastique est tenu de faire la leçon à ses catéchistes et à sa congrégation selon le symbole de l'église qu'il sert ; car il a été accepté à cette condition.

 

Mais en tant qu'érudit, il a toute liberté, et même la vocation, de communiquer au public toutes ses pensées soigneusement examinées et bien intentionnées sur ce qui ne va pas dans ce symbole et ses suggestions pour un meilleur arrangement du système religieux et ecclésiastique. Il n'y a rien là non plus qui puisse être mis à la charge de la conscience. Car ce qu'il enseigne du fait de sa fonction de fonctionnaire ecclésiastique, il le présente comme quelque chose à propos duquel il n'a pas la libre autorité d'enseigner selon sa propre appréciation, mais qu'il est chargé de présenter selon des règlements et au nom d'un autre. Il dira : notre église enseigne ceci ou cela ; voici les moyens de preuve qu'elle utilise. Il tire alors tout le profit pratique pour sa congrégation de statuts qu'il ne signerait pas lui-même avec une pleine conviction, mais qu'il peut néanmoins présumer réciter, parce qu'il n'est pas tout à fait impossible que la vérité y soit cachée, mais qu'en tout cas on n'y trouve rien de contraire à la religion intérieure. Car s'il pensait y trouver cette dernière, il ne pourrait pas administrer sa charge avec conscience ; il devrait la résilier.

 

L'usage qu'un maître employé fait de sa raison devant sa congrégation n'est donc qu'un usage privé : car celle-ci n'est toujours qu'une assemblée domestique, quelque nombreuse qu'elle soit ; et à l'égard de celle-ci, il n'est pas libre comme un prêtre, et ne peut l'être, car il exécute la commission d'un autre. En revanche, en tant que savant qui s'adresse par des écrits à l'auditoire réel, c'est-à-dire au monde, le clerc, dans l'usage public de sa raison, jouit d'une liberté illimitée d'utiliser sa propre raison et de parler en sa propre personne. Que les gardiens du peuple (en matière spirituelle) soient eux-mêmes mineurs est une incohérence qui revient à perpétuer les incohérences.

Posted in: Independent Press
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claude RAFF
Hélas ce n'est qu'un début et c'est plus simple que cela a expliquer , connait toi toi-même . Le chemin de la vie est long et difficile pour ceux qui entrent sur la voie du milieu , celle de la véritable illumination . Qui provient de notre Ame, qui est relié à la source et qui illumine nos corps ... View More
26 September, 11:53 am Edited